Chirac au sujet de Zidane : "je voudrais dire toute l'estime que j'ai pour un homme qui a incarné les plus belles valeurs du sport". Donner un coup de boule ou s'essuyer les crampons sur les tibias de son adversaire, ça fait partie maintenant des plus belles valeurs du sport. Admettons.
Alors oui, bien sûr il y a eu les occasions ratées. Il y a eu la montée déplacée de testostérone de Zidane. Dieu après tout n'est qu'un homme irracible. Il y a eu aussi les tirs au but perdus, la transversale, le rebond et tout le reste. Mais tout ça ce n'est pas bien grave : habitués au malheur et aux sketchs de Bigard, j'arrivais jusqu'alors à supporter comme un grand gamin à qui on a cassé son jouet, tout le tragique de cette soirée.
Non ce qui m'a définitivement achevé, détruit, anéanti, c'est l'intervention de Chirac quelques minutes après la défaite.
Dès que j'ai vu sa tête de vieillard à la télé je n'ai pu m'empêcher de penser : "tiens j'l'avais oublié ce grand naze à la tête de slip; alors lui c'est vraiment la cerise sur la tartine de merde. Chéri passe moi donc le pack de bière et les curly, je veux en finir avec ce monde cruel."
Je ne comprends pas que ses conseillers en communication l'aient laissé parler à ce moment précis où près de 99,5% des Français étaient déjà passablement écoeurés de la vie. On aurait voulu associer l'image de Chirac à la loose, on n'aurait pas pu faire mieux.
Il faut dire que l'effet opium du peuple inhérent à toute coupe du monde avait jusqu'alors parfaitement bien fonctionné à mon égard. Le monde pouvait bien s'écrouler autour de moi, du moment qu'il me laisse ma télé et mes gladiateurs multimillionnaires, j'étais un beauf heureux. Alors forcément, de revoir Chirac de manière aussi abrupte, alors que je n'étais même pas échauffé, ça m'a fait un choc, ça m'a rappelé la triste réalité de tous ces cons en drapeaux. Mauvais trip, mauvaise descente.
Car il faut bien avouer que si Zidane a raté sa sortie, Chirac lui a raté son entrée, ses mandats et ses fin de mandats; car si il y a un peu de Raging Bull dans Zidane, chez Chirac, il y a beaucoup de Bozzo le clown; car si il est légitime enfin de se demander si Zidane doit continuer ou non sa carrière, pour Chirac on est sûr et certain qu'il n'aurait jamais du la commencer. Je ne sais pas si Chirac a raison de dire que "les joueurs français n'avaient pas de raison réelle d'être tristes". En ce qui me concerne je sais que "de raison réelle d'être triste" j'en ai au moins une : c'est celle qui depuis vingt ans tate le cul des vaches en se gavant sur le dos des pauvres.
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