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Le blog de Torpedo - Mai 2006

Archives pour: Mai 2006

29.05.06

Permalink 23:50:59, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 121 mots   French (FR)

Eteins la lumière

Qu'est-ce qui a augmenté de 48 % en un an et de 75 % sur cinq ans?

réponse A : le tour de poitrine de Pamela Anderson?
réponse B : la taille de ma bite devant ladite poitrine?
réponse C : la facture de l'électricité des entreprises en France?

Indice n°1 : cette hausse aura forcément des répercussions sur notre pouvoir d'achat et nos emplois.
Indice n°2 : cette hausse n'a pas fini de s'arrêter.
Indice n° 3 : cette hausse ne se justifie pas par l'augmentation du prix du pétrole.

Réponse ici.

Et sinon, je rappelle aux éventuel(le)s intéressé(e)s par le contrat précaire de 5 ans à l'Elysée, que "(re-)nationalisation" ce n'est pas un gros mot.

21.05.06

Permalink 08:40:15, Catégories: Le petit Nicolas, 175 mots   French (FR)

Vivrensemble

Plus drôle que Michel Leeb, Nicolas Sarkozy :

"L’immigration choisie, nous la choisissons ensemble. Une immigration choisie par la France et le Mali", Sarkozy au Congo Sarkozy au Mali.

Belle blague à laquelle répondent les Maliens : "on ne peut pas raser le crâne de quelqu’un en son absence" autrement dit, Sarko il est mignon mais on a du mal à voir à quel moment précis les Maliens ont été consultés pour rédiger la loi de l'immigration jettable. "Ensemble" nous semble être un formidable abus de langage. Sarko ordonne, les Maliens exécutent et c'est "ensemble" que clandestins et policiers prendront le charter du retour et c'est toujours "ensemble" que multinationales et peuples d'Afrique profiteront des richesses naturelles du continent.

(Remarquons au passage la formidable cohérence de politique du gouvernement. Que ce soit en politique intérieure ou en politique étrangère, les mêmes pricipes, foutage de gueule et autoritarisme, sont appliqués avec la même constance : c'est aussi "ensemble" que Villepin et partenaires sociaux avaient élaboré le CPE.)

Permalink 02:09:37, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 135 mots   French (FR)

Ca roule ma poule

Après le rock and pounk cégétiste des Wampas, je vous propose un peu de poésie sociale. Ce n'est pas du Ronsard, mais ça me donne l'occasion de rappeler que les grévistes de l'usine Michelin de Roanne ont gagné leur bras de fer contre la direction bibendum : pas de suppressions de postes (la direction en prévoyait 46), extension des primes (certains gagneront plus de 6% sur leurs revenus), procédures judiciaires à l'encontre de SUD et de la CGT annulées, création d'un groupe de dialogue soumis aux syndicats.

Que les âmes libérales sensibles se rassurent, cette victoire ne devrait pas mettre en péril la multinationale : en 2005, Michelin a réalisé un bénéfice de 890 millions d'euros (un ouvrier de production avec 27 ans d'ancienneté gagne 1500 euros net par mois).

18.05.06

Permalink 02:53:10, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 46 mots   French (FR)

Vive les Wampas!

Et qu'est-ce qu'on dit aux Wampas? On leur dit merci!

Pour voir la vidéo : http://www.dailymotion.com/ulcgt/video/179267

Perso, je trouve ça énorme. Je suis sur un nuage. J'attends avec impatience la même initiative de la part d'OTH et des Shériff.

17.05.06

Permalink 14:45:35, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 293 mots   French (FR)

Gardons notre énergie

L'Afii a publié son rapport et ô surprise, la France c'est un peu le pays des bisounours pour les investisseurs étrangers.

L'Afii a recensé 664 projets d'investissements étrangers. Un chiffre «record», en progression de 12,4%. Les Américains restent les premiers investisseurs sur le sol français.

La suite de l'analyse...

Parmi les raisons qui expliquent cette attractivité selon l'Afii, celle-ci :

"La qualité des infrastructures et le faible coût des équipements sont deux critères majeurs pour la compétitivité des entreprises implantées en France."

Plus précisément, la France est l'un des pays d'Europe où le coût de l'énergie (électricté et gaz) est le plus faible pour les industriels. Bien sûr ça c'était avant la privatisation de GDF. On a déjà vu les premiers effets de l'ouverture du capital de GDF : une hausse spectaculaire des tarifs du gaz pour les ménages (et non cette hausse ne s'explique pas par l'envolée du prix du pétrole puisqu'il s'agit avant tout d'assurer davantage de profits pour les nouveaux actionnaires de GDF).

Cependant, le plus grave est ailleurs : une hausse du coût de l'énergie pénalisera forcément les industries installées sur le territoire avec les conséquences sur l'emploi que l'on peut supposer : délocalisation vers des pays où l'énergie est moins chère. En outre privatiser GDF, c'est bâtir un deuxième champion national de l'énergie et donc affaiblir EDF en l'entraînant dans une concurrence désastreuse qui forcément mettra à mal le service public.

Il faut donc bien être conscient que la privatisation de l'énergie, ne concerne pas seulement les salariés d'EDF et de GDF mais l'ensemble de la population et de l'économie du pays.

Permalink 14:02:54, Catégories: Patati et Patata, 45 mots   French (FR)

Finale de la Ligue des Champions

Jean-Michel Larqué est formel :

"Quand même, ces défenseurs africains, ils ont quelque chose en plus au niveau des membres inférieurs"

25 cm? 30 cm? Plus?

Et dans la foulée :

"Il a bien ouvert le côté fermé"

Le contre-pied, c'est tout un art.

16.05.06

Permalink 00:11:24, Catégories: Patati et Patata, 329 mots   French (FR)

Mon boucher est un clown

L'image excessivement stéréotypée que j'ai de l'artisan, profondément individualiste, travaillant 75 heures par semaine, au black, en refusant de payer ses impôts, exploitant apprentis et main-d'oeuvre étrangère, ne suffisait pas à m'expliquer l'énervement que provoquait en moi la campagne marketing censée nous vanter les bienfaits de l'artisanat.

Et puis cette hier soir, alors que je tentais de chasser mes idées noires en feuilletant un bon Pif le Chien, j'ai eu le déclic.

PAM : programme anti morosité.

morose : qui est d'humeur maussade.

On voit bien où les créatifs de mon cul ont voulu en venir : la France tel un ciel dunkerquois est maussade, le CPE c'est morose, Clearstream c'est pas rose. D'une manière générale, tout va mal : le chômage, les délocalisations, DIM, Dhorasso sélectionné... Ca manque de joie tout ça. Heureusement, les Artisans vont nous dérider les fesses et être le soleil de nos nuits. D'ailleurs PAM c'est rigolo, ça fait penser à Pif sauf qu'ils ont mis am à la place de if. Avec les Artisans, fini la sinistrose. Mangeage de clowns à tous les étages. Il vrai que les Artisans-commerçants nous ont toujours fait rire avec leurs répliques devenues cultes : "ne faîtes pas tomber la monnaie, ça ne repousse pas", "5 et 8 qui nous font sept", ou bien encore "et avec ceci? ? (tonalité aiguë sur la dernière syllabe)".

Bref, une fois de plus, en voulant nous faire croire que les mouvements sociaux sont juste des mouvements d'humeur (les Français sont moroses), la pub nous prend pour des enfants. On voudrait nous faire croire que le problème majeur de ce pays, c'est la morosité. Curieux diagnostique. N'aurait-il pas mieux valu appelé la campagne, PAP (programme anti précarité) ou bien PABS (programme anti bas salaires) ou bien PAIS (programme anti inégalité sociale)? Mais il est vrai que "la-première-entreprise-de-France" n'aurait peut-être pas eu alors les moyens de ses ambitions...

13.05.06

Permalink 23:31:38, Catégories: Le petit Nicolas, 16 mots   French (FR)

Nouvelle star

J'ai piqué ça dans les commentaires de Radical Chic. Plutôt distrayant pour un dimanche matin.

12.05.06

Permalink 23:37:57, Catégories: La France que Loïc ne comprend pas, 255 mots   French (FR)

Mon super héros à moi

A l'heure où l'ensemble de la presse, du Figaro au Canard enchaîné, s'accorde à dire que Villepin foire tout ce qu'il touche (la dissolution,, le CPE, le riz thaï...), il en est encore Un en France qui soutient notre futur ex-premier ministre en vantant les bienfaits de sa politique.

Alors que le pouvoir est discrédité par un clearstreamgate aussi lamentable que pathétique, il en est encore Un pour nous parler de PME et autres "entreprises de croissance".

Alors que Galouzeau est en passe d'atteindre des records spéologiques inégalés en matière d'impopularité, il en est encore Un pour faire son coming out villepiniste.

Alors que la France est la risée de l'Europe de part la faute de l'incurie d'un exécutif en fin de contrat, il en est encore Un qui essaye de masquer cette honte. Ce dernier point est d'autant plus étonnant qu'habituellement, à la moindre grèvounette, Il est toujours prompt à pleurer sur l'image désastreuse du pays à l'étranger, image qui selon Lui est liée à la multiplication des conflits sociaux, conflits sociaux qui selon Lui sont symptômatiques de la profonde fainéantise des pauvres et de leur frilosité face à la grande aventure cosmique qu'est le Libéralisme.

Ce dernier mohican, cet homme libre qui toujours chérit la mer, cet éternel rebelle, c'est mon super héros à moi.

Alors total respect pour Supeeeeeeeeer hérooossssss!!!!

(d'ailleurs comme tous les super héros, il ne se déplace qu'en kitesurf et il a un Nokia anti-kriptonite)

Permalink 22:24:57, Catégories: Mon métier, ma passion., 218 mots   French (FR)

Programme anti morosité

Il y a plus rigolo que les perles de brevet blanc : les perles des commentaires aux notes de Loïc. Ainsi sous sa note, déjà très drôle en soi, "Communiste", on peut lire la puissante réflexion suivante d'un certain Ludovic :

Pourquoi il existe encore des communistes?
Parce qu'une grande partie des enseignants jusqu'à une dizaine d'année était communiste ou sympatisante et ment copieusement à la jeunesse.

Ca m'a tellement fait rire, que j'en ai fait tombé le couteau que j'avais entre les dents.

Il est vrai que nous les profs, nous sommes d'incorrigibles kolkhosiens n'hésitant jamais à balancer notre catalogue de la Maif sur la gueule des CRS, méprisables valets au service d'un pouvoir patronal tout aussi méprisable. Il est vrai aussi que les élèves, ne sont rien d'autres que des veaux dociles, dépourvu de tout esprit critique, apprenant benoitement (en allemand) chacun des chapîtres du Kapital. D'ailleurs 75% des enseignants soutiennent Ségolène, c'est dire si les profs sont de dangereux enragés prêts à mettre à feu et à sang tous les bars-PMU du pays.

Heureusement Ludovic est sorti indemme de ce lavage de cerveau. Il a su résisté aux méthodes pédagogiques KGBisantes du corps enseignant français. Décidément, ce pays est plein d'avenir.

08.05.06

Permalink 10:01:56, Catégories: Mon métier, ma passion., 23 mots   French (FR)

Journée de commémoration

Lu dans une copie de brevet blanc :

En 1941, le chapon attaque les Etats-Unis à Pearl Harbor.

De plus en plus flippant cette grippe aviaire.

06.05.06

Permalink 07:40:11, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 1919 mots   French (FR)

Le Front populaire a 70 ans (et tout le monde s'en fout)

Camarade, tu es l'un des quatre millions qui sont venus rejoindre notre organisation syndicale. Le mois de juin 1936 est une date dans ta vie. Te rappelles-tu, avant ? C'est loin, déjà. Ça fait mal de s'en souvenir. Mais il ne faut pas oublier. Te rappelles-tu, avant ? On n'avait qu'un droit : le droit de se taire. Quelquefois, pendant qu’on était à son boulot, sur sa machine, le dégoût, l'épuisement, la révolte, gonflaient le cœur ; à un mètre de soi, un camarade subissait les mêmes douleurs, éprouvait la même rancœur, la même amertume ; mais on n’osait pas échanger les paroles qui auraient pu soulager, parce qu’on avait peur.

Est-ce que tu te rappelles bien, maintenant, comme on avait peur, comme on avait honte, comme on souffrait ? Il y en avait qui n'osaient pas avouer leurs salaires, tellement ils avaient honte de gagner si peu. Ceux qui, trop faibles ou trop vieux, ne pouvaient pas suivre la cadence du travail n'osaient pas l'avouer non plus. Est-ce que tu te rappelles comme on était obsédé par la cadence du travail ? On n'en faisait jamais assez ; il fallait toujours être tendu pour faire encore quelques pièces de plus, gagner encore quelques sous de plus. Quand, en forçant, en s'épuisant, on était arrivé à aller plus vite, le chronométreur augmentait les normes. Alors on forçait encore, on essayait de dépasser les camarades, on se jalousait, on se crevait toujours plus.

Ces sorties, le soir, tu te rappelles ? Les jours où on avait eu du « mauvais boulot ». On sortait, le regard éteint, vidé, crevé. On usait ses dernières forces pour se précipiter dans le métro, pour chercher avec angoisse s'il restait une place assise. S'il en restait, on somnolait sur la banquette. S'il n'en restait pas, on se raidissait pour arriver à rester debout. On n'avait plus de force pour se promener, pour causer, pour lire, pour jouer avec ses gosses, pour vivre. On était tout juste bon pour aller au lit. On n'avait pas gagné grand-chose, en se crevant sur du « mauvais boulot » ; on se disait que si ça continuait, la quinzaine ne serait pas grosse, qu’on devrait encore se priver, compter les sous, se refuser tout ce qui pourrait détendre un peu, faire oublier.

Tu te rappelles les chefs, comment ceux qui avaient un caractère brutal pouvaient se permettre toutes les insolences ? Te rappelles-tu qu’on n’osait presque jamais répondre, qu’on en arrivait à trouver presque naturel d'être traité comme du bétail ? Combien de douleurs un cœur humain doit dévorer en silence avant d'en arriver là, les riches ne le comprendront jamais. Quand tu osais élever la voix parce qu’on t'imposait un boulot par trop dur, ou trop mal payé, ou trop d'heures supplémentaires, te rappelles-tu avec quelle brutalité on te disait : « C'est ça ou la porte. » Et, bien souvent, tu te taisais, tu encaissais, tu te soumettais, parce que tu savais que c'était vrai, que c'était ça ou la porte. Tu savais bien que rien ne pouvait les empêcher de te mettre sur le pavé comme on met un outil usé au rancart. Et tu avais beau te soumettre, souvent on te jetait quand même sur le pavé. Personne ne disait rien. C'était normal. Il ne te restait qu'à souffrir de la faim en silence, à courir de boîte en boîte, à attendre debout, par le froid, sous la pluie, devant les portes des bureaux d'embauche. Tu te rappelles tout cela ? Tu te rappelles toutes les petites humiliations qui imprégnaient ta vie, qui faisaient froid au cœur, comme l'humidité imprègne le corps quand on n'a pas de feu ?

Si les choses ont changé quelque peu, n'oublie pourtant pas le passé. C'est dans tous ces souvenirs, dans toute cette amertume que tu dois puiser ta force, ton idéal, ta raison de vivre. Les riches et les puissants trouvent le plus souvent leur raison de vivre dans leur orgueil, les opprimés doivent trouver leur raison de vivre dans leurs hontes. Leur part est encore la meilleure, parce que leur cause est celle de la justice. En se défendant, ils défendent la dignité humaine foulée aux pieds. N'oublie jamais, rappelle-toi tous les jours que tu as ta carte syndicale dans ta poche parce qu'à l'usine tu n'étais pas traité comme un homme doit l'être, et que tu en as eu assez.

Rappelle-toi surtout, pendant ces années de souffrances trop dures, de quoi tu souffrais le plus. Tu ne t'en rendais peut-être pas bien compte, mais si tu réfléchis un moment, tu sentiras que c'est vrai. Tu souffrais surtout parce que lorsqu'on t'infligeait une humiliation, une injustice, tu étais seul, désarmé, il n'y avait rien pour te défendre. Quand un chef te brimait ou t'engueulait injustement, quand on te donnait un boulot qui dépassait tes forces, quand on t'imposait une cadence impossible à suivre, quand on te payait misérablement, quand on te jetait sur le pavé, quand on refusait de t'embaucher parce que tu n'avais pas les certificats qu'il fallait ou parce que tu avais plus de quarante ans, quand on te rayait des secours de chômage, tu ne pouvais rien faire, tu ne pouvais même pas te plaindre. Ça n'intéressait personne, tout le monde trouvait ça tout naturel. Tes camarades n'osaient pas te soutenir, ils avaient peur de se compromettre s'ils protestaient. Quand on t'avait mis à la porte d'une boîte, ton meilleur copain était quelquefois gêné d'être vu avec toi devant la porte de l'usine. Les camarades se taisaient, ils te plaignaient à peine, Ils étaient trop absorbés par leurs propres soucis, leurs propres souffrances.

Comme on se sentait seul ! Tu te rappelles ? Tellement seul qu’on en avait froid au cœur. Seul, désarmé, sans recours, abandonné. À la merci des chefs, des patrons, des gens riches et puissants qui pouvaient tout se permettre. Sans droits, alors qu'eux avaient tous les droits. L'opinion publique était indifférente. On trouvait naturel qu'un patron soit maître absolu dans son usine. Maître des machines d'acier qui ne souffrent pas ; maître aussi des machines de chair, qui souffraient, mais devaient taire leurs souffrances sous peine de souffrir encore plus. Tu étais une de ces machines de chair. Tu constatais tous les jours que seuls ceux qui avaient de l'argent dans leurs poches pouvaient, dans la société capitaliste, faire figure d'hommes, réclamer des égards. Toi, on aurait ri si tu avais demandé à être traité avec égards. Même entre camarades, on se traitait souvent aussi durement, aussi brutalement qu’on était traité par les chefs. Citoyen d'une grande ville, ouvrier d'une grande usine, tu étais aussi seul, aussi impuissant, aussi peu soutenu qu'un homme dans le désert, livré aux forces de la nature. La société était aussi indifférente aux hommes sans argent que le vent, le sable, le soleil sont indifférents. Tu étais plutôt une chose qu'un homme, dans la vie sociale. Et tu en arrivais quelquefois, quand c'était trop dur, à oublier toi-même que tu étais un homme.

C'est cela qui a changé, depuis juin. On n'a pas supprimé la misère ni l'injustice. Mais tu n'es plus seul. Tu ne peux pas toujours faire respecter tes droits ; mais il y a une grande organisation qui les reconnaît, qui les proclame, qui peut élever la voix et qui se fait entendre. Depuis juin, il n'y a pas un seul Français qui ignore que les ouvriers ne sont pas satisfaits, qu'ils se sentent opprimés, qu'ils n'acceptent pas leur sort. Certains te donnent tort, d’'autres te donnent raison ; mais tout le monde se préoccupe de ton sort, pense à toi, craint ou souhaite ta révolte. Une injustice commise envers toi peut, dans certaines circonstances, ébranler la vie sociale. Tu as acquis une importance. Mais n'oublie pas d'où te vient cette importance. Même si, dans ton usine, le syndicat s'est imposé, même si tu peux à présent te permettre beaucoup de choses, ne te figure pas que « c'est arrivé ». Reprends la juste fierté à laquelle tout homme a droit, mais ne tire de tes droits nouveaux aucun orgueil. Ta force ne réside pas en toi-même. Si la grande organisation syndicale qui te protège venait à décliner, tu recommencerais à subir les mêmes humiliations qu'auparavant, tu serais contraint à la même soumission, au même silence, tu en arriverais de nouveau à toujours plier, à tout supporter, à ne jamais oser élever la voix. Si tu commences à être traité en homme, tu le dois au syndicat. Dans l'avenir, tu ne mériteras d'être traité comme un homme que si tu sais être un bon syndiqué.

Être un bon syndiqué, qu'est-ce que cela veut dire ? C'est beaucoup plus peut-être que tu ne te l'imagines. Prendre la carte, les timbres, ce n'est encore rien. Exécuter fidèlement les décisions du syndicat, lutter quand il y a lutte, souffrir quand il le faut, ce n'est pas encore assez. Ne crois pas que le syndicat soit simplement une association d'intérêts. Les syndicats patronaux sont des associations d'intérêts ; les syndicats ouvriers, c'est autre chose. Le syndicalisme, c'est un idéal auquel il faut penser tous les jours, sur lequel il faut toujours avoir les yeux fixés. Être syndicaliste, c'est une manière de vivre, cela veut dire se conformer dans tout ce qu’on fait à l'idéal syndicaliste. L'ouvrier syndicaliste doit se conduire pendant toutes les minutes qu'il passe à l'usine autrement que l'ouvrier non syndiqué. Au temps où tu n'avais aucun droit, tu pouvais ne te reconnaître aucun devoir. Maintenant tu es quelqu'un, tu possèdes une force, tu as reçu des avantages ; mais en revanche tu as acquis des responsabilités. Ces responsabilités, rien dans ta vie de misère ne t'a prépare à y faire face. Tu dois à présent travailler à te rendre capable de les assumer ; sans cela les avantages nouvellement acquis s'évanouiront un beau jour comme un rêve. On ne conserve ses droits que si on est capable de les exercer comme il faut.

Simone Weil, Lettre ouverte à un syndiqué dans La Condition ouvrière

Au début je voulais juste vous en mettre un petit extrait mais je n'ai pas eu le coeur à faire des coupes. Trop bien écrit. Une beau texte ça se respecte et tant pis si c'est un peu long pour le format blog. Perso, j'adore cette phrase : "Combien de douleurs un cœur humain doit dévorer en silence avant d'en arriver là, les riches ne le comprendront jamais." Je reconnais volontiers que c'est très lyrique, presque mélo dans le sens zolaesque du terme. Y'aurait même certainement des choses à redire sur sa conception du syndicalisme. Mais ça a quand même plus de panache, plus de gueule (au sens hallydaysque du terme) que ce genre de guimauve : "Agir, c'est être au clair sur les principes d'action pour mieux imaginer l'avenir, essayer ce qui réussit et s'ajuster en permanence." (ici) . On dirait du Raffarin en moins obscur, du BHL en plus sec.

Je suis né trop vieux dans un siècle trop jeune (à moins que ce soit l'inverse, à moins que ce ne soit l'inverse et réciproquement).

04.05.06

Permalink 01:40:46, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 54 mots   French (FR)

Chasseur français

JF, dynamique et souriante, 40 env., aimant rire, recherche perle rare : insp. du travail, non syndiqué, ayant peu de collègues, si possible ancien DRH, ayant juste un pouvoir de "conseil" et de "prévention". Pas sérieux s'abstenir.

voir l'annonce entière (pdf).
voir les réponses à l'annonce.
voir les réponses rejettées.

02.05.06

Permalink 06:27:58, Catégories: On n'est pas là pour rigoler, 491 mots   French (FR)

Coups bas et débats

Les gens parfois me fatiguent. Pas toujours mais parfois. Pas tous les gens mais quelques uns. Hier par exemple à la manif du 1°mai. Eh bien on a trouvé le moyen de se battre. Pas avec la police, non non. Se battre entre nous. Quand je dis "nous", c'est "nous" qui avons combattu ensemble contre le CPE et le libertaproutisme. Notez que ce n'était pas une grosse bagarre, c'est juste deux trois bourre-pif qui ont volé. Mais quand même, c'est nul.

A ma gauche les organisations syndicales y compris l'UNEF et l'UNL, derrière la banderole unitaire. A ma droite, une vingtaine de "jeunes" dont certains étaient plus vieux que moi. Des anars pour la plupart. Les anars me fatiguent parfois. Pas toujours mais parfois. Pas tous les anars mais quelques uns. Enjeu de cette bataille de coq : la tête de cortège. On ne va pas entrer dans les détails, chercher qui a raison de qui a tort, c'est pas bien intéressant. Et puis de toute façon on avait raison.

Non ce qui est m'a frappé plutôt (au sens figuré du terme), c'est la contradiction suivante. Parmi ces "jeunes", il existe un très fort courant antisyndical : "si le mouvement a planté c'est à cause de vous les syndicats", "Cégété sponsor officiel de l'aliénation", "non aux bureaucraties syndicales", "on veut le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière" (je crois que c'est un slogan censé illustrer le renouveau libertaire). Et dans le même temps, il y a une formidable attente de ces "jeunes" envers les syndicats : "Et pourquoi vous ne faites pas des caisses de grèves?" "Et pourquoi vous ne faîtes pas la grève générale?", "Et pourquoi vous ne continuez pas la lutte?", et "Pourquoi vous ne faîtes pas ceci et cela?".

A un de ces militants un peu moins énervé que d'autres et avec qui j'ai bien discuté après la manif, j'ai répondu :
"1) Pourquoi vous avez besoin de nous pour appliquer toutes ces propositions? qui vous empêche de la faire votre grève générale? Vous ne pouvez pas à la fois cracher sur les syndicats et dans le même temps tout attendre d'eux.
2)J'ai fait cinq jours de grève pour vous. J'ai plus de 26 ans, j'ai pas de gosse et je suis fonctionnaire, alors tu sais le CPE, ça ne me concernait pas au premier plan. Alors forcément quand j'entends "CGT valet du Medef", ça me fout en rogne. Tiens ressers moi donc un kir.
3) Regarde aujourd'hui le cortège : compte le nombre d'étudiants, compte le nombre de syndicalistes et dis moi qui a arrêté la lutte?".

Il va sans dire que je n'ai pas réussi à le convaincre pas plus qu'il ne m'a convaincu. Mais au moins on s'est quitté en se serrant la main. C'est déjà ça.

Le blog de Torpedo

J'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale.

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